Poemas de Paul Eluard

Paul Éluard, nom de plume d’Eugène Grindel, né à Saint-Denis le 14 décembre 1895 et mort à Charenton-le-Pont le 18 novembre 1952 (à 56 ans), est un poète français.

Paul Éluard est le co-fondateur du surréalisme. Ses poèmes d’amour glorifient la femme, ses poèmes politiques luttent pour un monde plus juste, fondé sur l’amour et le partage.

Il maîtrise tous les styles : la prose rythmique, l’écriture libre ou bien les Alexandrins.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il fait partie de la Résistance et a secrètement distribué des poèmes politiques, en particulier cette ode à la liberté, face à l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, en 1940. Ce poème sera destiné à la résistance intérieure. Les vingt-et-une strophes de Liberté, publiées dans le premier numéro de la revue Choix, sont parachutées (avec les caisses de munitions) par les avions anglais à des milliers d’exemplaires au‐dessus de la France.

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1.

La Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

1.

Libertad

Sobre mis cuadernos de colegial
Sobre mi pupitre y los árboles
Sobre la arena, sobre la nieve
Escribo tu nombre

Sobre todas las páginas leídas
Sobre todas las páginas en blanco
Piedra, sangre, papel o ceniza
Escribo tu nombre

Sobre las imágenes doradas
Sobre las armas de los guerreros
Sobre la corona de los reyes
Escribo tu nombre

Sobre la jungla y el desierto
Sobre los nidos, sobre las retamas
Sobre el eco de mi infancia
Escribo tu nombre

Sobre las maravillas de las noches
Sobre el pan blanco de los días
Sobre las estaciones prometidas
Escribo tu nombre

Sobre todos mis trapos azules
Sobre el estanque, sol enmohecido
Sobre el lago, luna viviente
Escribo tu nombre

Sobre los campos sobre el horizonte
Sobre las alas de los pájaros
Y sobre el molino de las sombras
Escribo tu nombre

Sobre cada trago de aurora
Sobre el mar, sobre los barcos
Sobre la montaña demente
Escribo tu nombre

Sobre la espuma de las nubes
Sobre los sudores de la tormenta
Sobre la lluvia espesa e insípida
Escribo tu nombre

Sobre las formas centelleantes
Sobre las campanas de colores
Sobre la verdad física
Escribo tu nombre

Sobre las sendas despiertas
Sobre los caminos desplegados
Sobre los lugares que se desbordan
Escribo tu nombre

Sobre la lámpara que se enciende
Sobre la lámpara que se apaga
Sobre mis casas reunidas
Escribo tu nombre

Sobre el fruto cortado en dos
Del espejo y de mi habitación
Sobre mi cama, concha vacía
Escribo tu nombre

Sobre mi perro goloso y tierno
Sobre sus orejas levantadas
Sobre su pata torpe
Escribo tu nombre

Sobre el trampolín de mi puerta
Sobre los objetos familiares
Sobre el oleaje del fuego bendito
Escribo tu nombre

Sobre toda la carne concedida
Sobre la frente de mis amigos
Sobre cada mano que se tiende
Escribo tu nombre

Sobre el vidrio de sorpresas
Sobre los labios atentos
Muy por debajo del silencio
Escribo tu nombre

Sobre mis refugios destruidos
Sobre mis faros derribados
Sobre las paredes de mi aburrimiento
Escribo tu nombre

Sobre la ausencia sin deseo
Sobre la soledad desnuda
Sobre las marchas de la muerte
Escribo tu nombre

Sobre la salud recuperada
Sobre el riesgo desaparecido
Sobre la esperanza sin recuerdo
Escribo tu nombre

Y por el poder de una palabra
Recomienzo mi vida
Nací para conocerte
Para nombrarte

2.

Je t’aime

Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu toutes ces morts que j’ai franchies sur de la paille
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne
Pour la santé
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.

2.

Te amo

Te amo por todas las mujeres que no he conocido.
Te amo por todos los tiempos que no he vivido.
Por el olor del mar inmenso y el olor del pan caliente.
Por la nieve que se funde por las primeras flores.
Por los animales puros que el hombre no persigue.
Te amo por amar.
Te amo por todas las mujeres que no amo.
Quién me refleja sino tú misma me veo tan poco
sin ti no veo más que una planicie desierta.
Entre antes y ahora
están todas estas muertes que he sorteado sobre paja.
No he podido atravesar el muro de mi espejo.
Tuve que aprender la vida como se olvida
palabra por palabra
Te amo por tu sabiduría que no me pertenece.
Te amo contra todo lo que no es más que ilusión.
Por el corazón inmortal que no poseo
crees ser la duda y no eres sino razón.
Eres el sol que me sube a la cabeza
cuando estoy seguro de mí.

3.

Certitude

Si je te parle c’est pour mieux t’entendre
Si je t’entends je suis sûr de te comprendre

Si tu souris c’est pour mieux m’envahir
Si tu souris je vois le monde entier

Si je t’étreins c’est pour me continuer
Si nous vivons tout sera à plaisir

Si je te quitte nous nous souviendrons
En te quittant nous nous retrouverons

3.

Certeza

Si te hablo es para escucharte mejor
Si te escucho estoy seguro de comprender

Si sonríes es para invadirme mejor
Si sonríes veo el mundo entero

Si te abrazo es para continuarme
Si vivimos todo será espléndido

Si te abandono nos recordaremos
Abandonándonos nos hallaremos.

4.

Par un baiser

Jour la maison et nuit la rue
Les musiciens de la rue
Jouent tous à perte de silence
Sous le ciel noir nous voyons clair

La lampe est pleine de nos yeux
Nous habitons notre vallée
Nos murs nos fleurs notre soleil
Nos couleurs et notre lumière

La capitale du soleil
Est à l’image de nous-mêmes
Et dans l’asile de nos murs
Notre porte est celle des hommes.

4.

Por un beso

Casa diurna calle nocturna
Los músicos de la calle
Todos tocan y siguen tocando
Bajo lo oscuro vemos claro

Lámpara llena de ojos nuestros
Habitamos en nuestro valle
Nuestros muros flores y sol
Nuestros colores nuestra luz

La. capital del sol
Es el reflejo de nosotros
Y en el asilo de estos muros
Nuestra puerta es la de los hombres

5.

Ici

Une rue abandonnée
Une rue profonde et nue
Où les fous ont moins de peine
Que les sages à pourvoir
Aux jours sans pain sans charbon

C’est une question de taille
Tant de sages pour un fou
Mais rien par delà l’immense
Majorité du bon sens
Un jour cru sans proportions

La rue comme une blessure
Qui ne se fermera pas
Le dimanche l’élargit
Le ciel est un ciel d’ailleurs
Roi d’un pays étranger

Un ciel rose un ciel heureux
Respirant beauté santé
Sur la rue sans avenir
Qui coupe mon coeur en deux
Qui me prive de moi-même

5.

Aquí

Una calle abandonada
Calle profunda y desnuda
Donde es fácil a los locos
Más que a los cuerdos vivir
Días sin pan ni carbón

Todo es cuestión de medida
Tantos cuerdos para un loco
Más allá sólo la inmensa
Mayoría del buen sentido
Demasiado creído un día

La calle como una herida
Que no cerrará jamás
El domingo la ensancha
El cielo es de otro lugar
Rey de un país extranjero

Cielo rosa y feliz
Todo belleza y salud
En la calle sin futuro
Que me parte el corazón
Que me priva de mi mismo

6.

Tout est brisé…

Tout est brisé par la parole la plus faible
Ombre d’idée idée de l’ombre mort heureuse
Le feu devient eau tiède et le pain en miettes
Le sang farde un sourire et la foudre une larme
Le plomb caché par l’or pèse sur nos victoires
Nous n’avons rien semé qui ne soit ravagé
Par le bec minutieux des délices intimes
Les ailes rentrent dans l’oiseau pour le fixer.

6.

Todo está roto…

Todo está roto por la palabra más débil
Sombra de idea idea de la muerte feliz
El pan se cambia en migas y el fuego en agua tibia
Y la sangre en sonrisa y el rayo en una lágrima
El plomo bajo el oro pesa en nuestras victorias
No hemos sembrado nada que no esté devastado
Por el medido pico de las delicias intimas
Las alas vuelven para hacer al pájaro.

7.

En vertu de l’Amour

J’ai dénoué la chambre où je dors, où je rêve,
Dénoué la campagne et la ville où je passe,
Où je rêve éveillé, où le soleil se lève,
Où, dans mes yeux absents, la lumière s’amasse.

Monde au petit bonheur, sans surface et sans fond,
Aux charmes oubliés sitôt que reconnus,
La naissance et la mort mêlent leur contagion
Dans les plis de la terre et du ciel confondus.

Je n’ai rien séparé mais j’ai doublé mon cœur.
D’aimer, j’ai tout créé : réel, imaginaire,
J’ai donné sa raison, sa forme, sa chaleur
Et son rôle immortel à celle qui m’éclaire.

7.

En virtud del Amor

He desatado el cuarto en donde duermo y sueño
He desatado el campo, la ciudad donde paso,
Donde sueño despierto, donde el sol se levanta,
Y en mis ojos ausentes se atesora la luz.

Mundo de breve dicha, sin extensión ni fondo,
De encantos olvidados no bien reconocidos,
EI nacer y el morir mezclando su contagio
Confusos en los pliegues de la tierra y del cielo.

No he separado nada: dupliqué el corazón.
Creando, amando todo: real, imaginario.
Di su razón, su forma, su calor
Y su rol inmortal a aquélla que me aclara.

8.

Je suis le spectateur et l’acteur…

Je suis le spectateur et l’acteur,
Je suis la femme et son mari et leur enfant,
Et le premier amour et le dernier amour,
Et le passant furtif et l’amour confondu

Et de nouveau la femme, et son lit et sa robe
et ses bras partagés, Et le travail de l’homme
et son plaisir en flèche et la houle femelle,
(…)

8.

Soy el espectador y el actor…

Soy el espectador y el actor
Soy la mujer su marido y su hijo
Soy el primer amor y soy el último
Y el que pasa furtivo y el amor confundido

Y otra vez la mujer su cama y su vestido
Sus brazo compartidos y el trabajo del hombre
Y su placer en flecha y su oleaje hembra
(…)

9.

Air vif

J’ai regardé devant moi
Dans la foule je t’ai vue
Parmi les blés je t’ai vue
Sous un arbre je t’ai vue

Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l’eau et du feu

L’été l’hiver je t’ai vue
Dans ma maison je t’ai vue
Entre mes bras je t’ai vue
Dans mes rêves je t’ai vue

Je ne te quitterai plus.

9.

Aire vivo

Miré delante de mí
Te vi en la multitud
Te vi por el trigal
Bajo un árbol te vi

Al fondo de mis viajes
Al fin de mis tormentos
A la vuelta de las risas
Al salir del agua y el fuego

En todo tiempo te vi
En mi casa te vi
Te vi entre mis brazos
En mis sueños te vi

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